Missing Time de Frederick Galiay - chronique de l’album par Jean-Jacques Birgé

Des albums qui arrachent !

De plus en plus de jeunes virtuoses venus du jazz et de la musique improvisée publient des albums en solo ou duo. En période de réduction de budgets les petites formes fleurissent évidemment mieux que les grands ensembles. Le jeu de massacre auquel se livre le gouvernement en faisant le lit du Medef au lieu de soutenir les artistes, intermittents ou pas, n’arrange pas les choses. Alors quitte à vendre des projets bon marché, puisqu’aussi léger qu’un showcase, autant revendiquer ses extrêmes sans se courber devant les lois médiocres du marché. Car avant tout il est question de rage et de révolte. Jusqu’au boutistes amoureux du son et de ses infinies variations nombre d’entre eux se risquent à lever le poil des timorés nostalgiques de l’ancien temps. Ils attrapent la matière à pleines mains, la malaxent, la broient, la fondent pour dresser des cathédrales miniatures aussitôt englouties par de nouvelles expériences. Cela ne s’écoute pas en faisant la vaisselle ni vous pousse à danser. Cela s’écoute dans le recueillement, comme on lit un livre dans le silence. Les musiciens en question n’apportent pas de réponse, ils interrogent, dans un partage mérité pour peu que l’on prenne le temps de s’arrêter, loin de la foule, de la perfusion médiatique, du bruit décervelant que le monde déverse bouillant dans nos ciboulots qui débordent d’informations inutiles. Cette musique n’en rajoute pas, elle guérit le mal par le mal. Les derniers albums reçus en date sont Acapulco de Julien Desprez, brutale sculpture physique où la guitare électrique jouent des effets de manche, Missing Time de Frederick Galiay, drône électroacoustique où la basse électrique plonge chercher la gravité des hautes sphères, REPS de Sophie Agnel et Olivier Benoit, quatre mains sympathiques où les cordes métalliques du piano et de la guitare tissent une toile magique servant de réceptacle au pur jus cérébral. L’écoute des trois m’évoque les brûlants rayons du soleil d’été qui ne manqueront pas d’échauffer les pensées à moins que vous ne préféreriez l’ombre, il y en a tout autant, question de point de vue, de confort d’écoute, du choix du siège, en proie à la torpeur ou fièrement debout.

Jean-Jacques Birgé

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