X_Brane : Nouvelles chroniques du CD "Penche Un Peu Vers L’Angle"

Bertrand Gauguet, saxophones
Jean-Sébastien Mariage, guitare électrique
Mathias Pontevia, batterie horizontale


Le CD "Penche Un Peu Vers L’Angle" sorti début 2011 sur le label Amor Fati est disponible chez Metamkine.

Cette excellente sortie du très chic label bordelais Amor Fati montre bien à quel point les trois improvisateurs en cause se sont émancipés de leur turbulent flirt avec le réductionnisme du tournant du siècle. D’un côté, le travail du guitariste Jean-Sébastien Mariage est ici plus pointu et risqué que les délicates textures qu’il développe dans le quintet Hubbub ; et de l’autre, la « batterie horizontale » de Mathias Pontevia rappelle Lê Quan Ninh, et le saxophoniste Bertrand Gauguet a étendu son répertoire de grincements, de halètements, de fluctuations et de balbutiements, de sorte qu’il révèle un son auquel son premier enregistrement solo de 2005, « Etwa », n’avait même jamais fait allusion. La pièce centrale, « Tsuri », 34 minutes, combine ses abrupts multiphoniques avec les fulgurances et les craquements de la guitare de Mariage et les imposantes frictions de Pontevia, avec un sens des formes longues dont AMM serait fière. Le battement de cœur parait lent, mais l’animal est dangereux.

Dan Warburton, The Wire, Mai 2011


Il arrive que tout tienne dans le nom : l’esthétique, le propos, l’ambition. C’est le cas d’X_Brane, trio formé par Bertrand Gauguet aux saxophones alto et soprano, Jean-Sébastien Mariage à la guitare électrique et Mathias Pontevia à la batterie horizontale. Sous ses consonances de science-fiction, l’appellation indique qu’on a affaire à une musique aux dimensions cachées. X_Brane renvoie à la théorie des cordes. Selon cette très sérieuse hypothèse scientifique, le monde ne se limiterait pas aux trois dimensions spatiales que nous percevons. Il en serait doté d’un nombre supérieur. Ces dimensions seraient cependant indécelables, car enroulées sur elles-mêmes et situées à des échelles des milliards de fois plus petites que l’atome.
Dans cette théorie, les branes sont des objets composés de plusieurs dimensions dont la variable x indique le nombre. Enfin, il faut envisager ici les briques fondamentales de matière constituant l’univers comme des cordelettes vibrantes, d’où le nom de la théorie.
La musique d’X_Brane est donc à appréhender sous ce point de vue général, surtout si l’on se réfère au titre de l’album, Penche un peu vers l’angle, qui sonne comme une invitation à changer la position de notre viseur auditif. Il faut tendre l’oreille. Apparaissent alors ces fameuses dimensions cachées, se révèlent des reliefs dissimulés, des paysages ondulants. Cette musique est mue par une énergie noire, c’est-à-dire une force de prime abord invisible, mais bel et bien à l’œuvre. Avec ses souffles granuleux de saxophone, ses cymbales jouées à l’archet et ses peaux de tambour frottées, ses notes de guitares électriques égrenées avec une science aiguë de la retenue, le trio déploie une musique de l’espace, du micro-événement, de l’évolution lente, de la texture.
Certes, l’univers d’X_Brane n’est pas totalement inouï. Il est l’héritier du minimalisme et de l’improvisation européenne. Il s’inscrit aussi dans la famille réductionniste désormais en expansion. Son originalité est, là encore, à chercher du côté de la théorie des cordes, dont l’une des grandes ambitions est de parvenir à unifier la relativité générale et la physique quantique. De même que les scientifiques cherchent à établir un lien entre les lois qui régissent les forces de l’univers et les propriétés spécifiques des particules élémentaires, les musiciens d’X_Brane jouent une musique qui élabore un continuum entre différents courants historiques. Dans ce Penche un peu vers l’angle s’entendent ainsi des mouvements à la manière des compositions romantiques du XIXe, des réminiscences atonales des musiques contemporaines, des répétitions à la mode minimaliste, des éclairs électriques rock, des lambeaux de jazz, des pulsations tribales. Dans leur quête, Gauguet, Mariage et Pontevia produisent un art de l’imbrication et de la dérive des matières d’où surgissent d’étonnantes lumières. Une musique de nouvelle et grande dimension, en effet.

http://www.citizenjazz.com/X_Brane.html


Le CD en question est la toute nouvelle sortie de X_BRANE, trio français formé de Bertrand Gauguet (saxophones alto et soprano), Jean-Sébastien Mariage, (guitare électrique), et Mathias Pontevia (batterie horizontale apparemment, quoique je dirais plutôt percussion essentiellement).

Je n’ai aucune idée d’où vient le groupe nommé X_BRANE, mais cette sortie, sur l’excellent label Amor Fati, est intitulé « Penche un peu vers l’angle », et contient beaucoup de musique, en totalisant avec trois pistes plus de soixante-dix minutes d’improvisation. Les enregistrements ont été faits en studio ou quelque chose de ce genre, plutôt qu’en public, ce qui induit une grande qualité sonore. Ce qui pour moi est difficile est d’essayer de décrire cette musique de façon simple ou détachée. C’est, de façon immédiate, à la fois totalement familier et pourtant impossible à définir en quelques mots, ce qui doit être une bonne chose.

Au fond, on a ici de l’improvisation instrumentale, trois pièces de musique jouées spontanément avec des outils relativement traditionnels. Cependant, essayer de définir exactement celles-ci depuis n’importe quel secteur du spectre des musiques improvisées est complètement impossible. C’est bien loin d’être extrêmement animé, avec une allure lente et constante tout du long, mais cela tombe aussi, quoique très rarement, jusqu’au silence complet, et quand ça veut, ça peut aussi pousser fort le niveau de tension. Des trois musiciens, le seul qui ne joue jamais de son instrument de quelque façon traditionnelle que ce soit est Mariage, dont le jeu m’a beaucoup impressionné quand j’ai vu Hubbub récemment à Londres. Son jeu de guitare est extrêmement contrôlé, centré surtout autour de sons tenus, beaucoup d’entre eux mélodiques, et souvent résultats du travail à l’eBow ou à l’archet. Ce qu’il amène semble très simple, mais est en fait très soigneusement et délicatement décidé et placé autour des sons plus traditionnels et familiers des souffles du saxophone de Gauguet, des métaux vibrants et des développements d’attaques des percussions de Pontevia.

Richard Pinnell

http://www.thewatchfulear.com/?s=+X...


Recherche sonore, rigueur et invention. Un jeu de placements qui s’invente au fur et à mesure. Les questions partent en fumée devant l’évidence. Cette musique laisse toute la place à son auditeur pour se poser doucement et calmement. Son naturel ne perd rien à une certaine mesure cérémonielle. Ce qu’on pourrait appeler la ligne de chaque instrument possède sa logique inséparable des interactions, l’un s’invente avec l’autre. Lorsqu’on rencontre ce type d’enregistrement on a toujours le sentiment de redécouvrir l’improvisation. Une consistance sans dureté, pas de réactions, que des actions, des désirs se croisant. Un son commencé par l’un est amené à son terme par l’autre. Comme une balance intime pesant le poids de chaque son et lui donnant son répondant, une justesse illimitée. Pas de drame, pas d’immobilité, quelque chose qui tire du temps sa substance. Il y a ici non seulement la fusion des instruments, à quoi ces musiciens nous ont accoutumés, mais la fusion même des touchers, plus caractéristique des recherches d’orchestration de la musique écrite.
Un compositeur trouverait certainement à redire à quelques tournures (la remarque ne me vient que parce que nous sommes tout près d’une réussite totale), mais cette musique est si parfaitement jouée que je préfère sa haute perfection heureuse à un texte presque nécessairement écorné par le jeu, attendant un hypothétique génie pour trouver une forme qui nous est donnée ici, native et éblouissante.

Noël TACHET

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  • Tourbillon du fond duquel émergent guitare et saxophone autour de la batterie, ou – c’est selon – tourbillon de batterie s’enfonçant vers un fond de guitare et saxophone. Fluide, et en rotation. C’est dans Longin, je crois bien (Traité du Sublime), qu’il est dit que la beauté résulte d’une tension entre des contraires – genre de choses qu’on n’ose plus dire, à cause du gros mot de beauté : il y aurait toujours un con pour se fâcher et demander une définition. La tension des contraires. Art à la fois savant et candide chez Pontevia. Profond et léger chez Gauguet. Violent et doux chez Mariage. Le tout, tournant autour d’un axe invisible – le silence, on dirait.

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