X_Brane : nouvelle chronique

Le souffle de Bertrand Gauguet, le feu couvant sous les cordes électriques de Jean-Sébastien Mariage, la terre où s’ancrent les percussions de Mathias Pontevia, soit trois éléments fondamentaux d’un son émergeant comme une source vive, un quatrième composant liquide. Dans ce nouvel idiome que l’on nomme improvisation non idiomatique, X_ Brane se situe au-delà de la seule interaction, dans l’évidence d’un rapport immédiat dépourvu de pensée antérieure pour mieux surgir à l’état de nature. Il y a déjà l’organisation parfaitement inédite des sonorités en jeu, l’électricité comme un souffle continu qui s’arc-boute indéfiniment contre le silence, le cuivre enveloppant la rondeur d’un chant étouffé qui s’épanouit soudain au contact d’une peau frottée, d’un cercle d’acier. Il y a la flambée subite du métal heurtant le métal et s’y fondant aussitôt en une forme imprévisible aux perpétuelles déclinaisons. Il y a le chuintement au-dessus du grincement et l’étrange harmonique naissant de leur proximité, la force attentive des cymbales aux aguets, l’interstice infime où se glisse la matière, comme comprimée en son milieu avant d’éclore de l’autre côté, vers un inconnu d’autant plus excitant qu’il fraye avec le vide. Mais très vite il se manifestera sous la forme précise d’une corde étouffée puis abandonnée à sa seule vibration. Il y a le paysage qui se dessine peu à peu, amas de structures métalliques où siffle un vent brûlant, ferrailles déchiquetées pointant vers le ciel, troupes au loin qui se déciment et se reconstruisent à l’appel des tambours puis se mettent en marche vers un futur trop proche, empreint de violence. Et le silence qui suit n’est qu’une exhalaison muette que le frottement lancinant d’un ongle sur une tige filetée parvient à peine à troubler. L’immédiat d’X_ Brane n’est pas de tout repos et la belle unité de leur démarche ne met finalement en œuvre que les prémices d’une tragédie dont nous subirons bientôt les retombées apocalyptiques. La faute aux éléments invoqués, bien sûr ! A l’air qui attise le feu et fissure la terre… Pourtant l’espoir résiste, indéracinable, dans cette fluidité de l’âme qui fait marcher ensemble les trois hommes. Et nous les écoutons, horrifiés mais fascinés, prêts à croire n’importe quoi pourvu qu’ils ne s’arrêtent pas de fourbir ces armes sonores dont nous savons déjà qu’elles nous ont réduites à leur merci, mais dont nous craignons tant qu’elles ne se taisent. Alors, tandis que s’éteignent les derniers échanges de métal chiffonné, d’harmoniques disjointes dans l’atmosphère glacée, nous attendons déjà le moment où, pour la deuxième fois consécutive, nous pourrons pencher un peu vers l’angle plutôt que de suivre la ligne droite et sans danger de notre vie toute tracée. Subversif, X_ Brane ? A tout le moins capable du plus intime divertissement !
Joël Pagier © Improjazz

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